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Article technique

RE2020 en logement collectif : trois leviers de conception

Sur les opérations de logement social que le bureau a calculées depuis 2022, ce n’est presque jamais la consommation qui borne le projet. Retour sur les trois leviers qui décident réellement, et sur l’ordre dans lequel ils se jouent.

Par L’équipe FT2E

La RE2020 est souvent résumée à un durcissement de seuils. En pratique, sur une opération de logement, les six indicateurs ne pèsent pas du tout le même poids : cinq passent avec de la marge, un seul décide. Savoir lequel — et à quel moment de l’étude il se révèle — change la façon de conduire la conception.

Ce qui suit ne généralise rien. Ce sont les constats tirés des études thermiques que le bureau a conduites sur des opérations de logement déposées depuis 2022, avec les valeurs telles qu’elles figurent aux dossiers.

Premier levier : l’enveloppe, parce que rien ne la rattrape

Le besoin bioclimatique (Bbio) mesure ce que le bâtiment demande avant tout équipement : orientation, compacité, inertie, isolation, protections solaires. Il se joue à l’esquisse, avec l’architecte, et aucune machine ne le corrige ensuite.

En logement, il ressort en général avec de la marge — de 23,2 à 26,6 % sous le maximum sur les trois bâtiments de Maubec, treize logements locatifs sociaux à Chagnolet, de 17,71 à 29,26 % sur les quatre îlots du Pas des Bœufs, au Bois-Plage-en-Ré. Cette aisance apparente masque une dépendance : quand le mode de chauffage n’apporte aucune énergie renouvelable, tout le résultat repose sur l’enveloppe seule.

C’est exactement le cas de l’habitat inclusif de quatorze logements à Salignac-sur-Charente. Le chauffage y est électrique direct, l’eau chaude thermodynamique, et le calcul ne décompte aucune énergie renouvelable : la consommation d’énergie primaire totale et sa part non renouvelable y sont identiques, à 84,0 kWhep/m²/an. L’enveloppe fait tout le travail. Sur l’espace commun de la même opération, la marge la plus étroite du dossier est d’ailleurs celle du besoin bioclimatique — 56,9 pour un maximum de 60,0, soit 5,2 %.

L’exigence d’étanchéité à l’air appartient au même levier, et elle se paie sur le chantier plus que sur le plan. À Salignac, les logements sont tenus à 0,8 m³/(h·m²) sous 4 Pa et doivent le prouver par une mesure en fin de travaux, quand l’espace commun s’en tient à la valeur par défaut de 1,7 sans test : deux niveaux d’exigence dans une maçonnerie que les entreprises montent d’un seul tenant.

Deuxième levier : le vecteur énergétique, l’indicateur qui borne vraiment

Sur les opérations qui visent une labellisation à dix pour cent au-dessus de la réglementation, le même constat revient dossier après dossier : la consommation d’énergie primaire (Cep) passe largement, sa part non renouvelable (Cep,nr) passe de justesse.

À Maubec, la labellisation demande dix pour cent de mieux sur trois indicateurs à la fois. Les deux premiers sont acquis — 23,2 à 26,6 % sur le besoin bioclimatique, 27,3 à 34,8 % sur la consommation. Le troisième se joue autrement : la part non renouvelable ressort à 14,7 % sous l’exigence sur le premier bâtiment, 11,7 % sur le deuxième, 11,1 % sur les maisons accolées. Il reste 1,1 point de marge là où la consommation en dégageait plus de trente.

Le Pas des Bœufs répète la mesure sur quatre îlots : de 36,68 à 44,07 % de marge sur la consommation, mais de 13,68 à 23,69 % sur sa part non renouvelable — soit 3,68 points au-dessus du seuil de labellisation sur l’îlot le plus tendu.

La conséquence de conception est directe : sur ces programmes, l’arbitrage utile ne porte pas sur l’épaisseur d’isolant, il porte sur le choix du système de production et sur l’apport d’énergie renouvelable. C’est pourquoi le programme du Pas des Bœufs demandait une étude de faisabilité en approvisionnement énergétique dès l’avant-projet, pour arrêter « le mode de chauffage le plus économique en vue de la performance demandée et du coût global de l’opération ». Les systèmes retenus découlent de cette étude, et non l’inverse.

Troisième levier : le carbone de construction et le confort d’été, qui verrouillent les variantes

Les deux derniers indicateurs ont ceci de commun qu’ils se resserrent tard, une fois les matériaux arrêtés — et qu’ils contraignent alors la phase entreprise.

Le carbone de construction est le plus tendu des six. Au Pas des Bœufs, les impacts calculés ressortent à 1 338,7, 1 328,7, 1 258,6 et 1 388,8 kg d’équivalent CO₂ par mètre carré, pour des plafonds de 1 377,1, 1 357,4, 1 398,8 et 1 427,7 : trois îlots sur quatre passent à moins de 3 % sous leur plafond. Dans des marges pareilles, une variante d’entreprise ne se juge plus sur son seul prix. Le cahier des charges de l’opération l’a traduit en trois obligations : toute substitution est accompagnée des fiches de déclaration environnementale et sanitaire du produit proposé, la reprise des calculs énergie, carbone et confort d’été est à la charge de celui qui la propose, et aucune variante ne dégrade le bilan carbone du projet.

Le confort d’été, lui, se tient sans climatisation dès lors que l’enveloppe a été traitée au premier levier — 690,2 à 829,7 °C·h d’inconfort au Pas des Bœufs, 725,1 à 921,4 °C·h à Maubec, 790,4 °C·h à la résidence intergénérationnelle de 21 logements à Saint-Agnant, pour un maximum réglementaire de 1 250. Mais il bouge en cours d’étude, et dans le mauvais sens : à Salignac, entre le rendu de projet d’avril 2024 et le dossier de consultation de juin, les degrés-heures des logements sont passés de 775,2 pour un plafond de 1 250 à 1 059,7 pour un plafond de 1 150. Presque toutes les marges du dossier se sont resserrées entre ces deux dates.

L’ordre compte autant que les leviers

Ces trois leviers ne s’actionnent pas en parallèle. L’enveloppe se fixe à l’esquisse et ne se rouvre plus ; le vecteur énergétique se choisit à l’avant-projet, sur une étude d’approvisionnement ; le carbone et le confort d’été se vérifient à chaque évolution du dossier, jusqu’à la consultation des entreprises et au-delà.

L’erreur la plus coûteuse consiste à lire les marges dans l’ordre des indicateurs plutôt que dans l’ordre des décisions : une opération qui affiche trente points de marge sur la consommation et un point sur la part non renouvelable n’a pas trente points de marge. Elle en a un.

Un calcul réglementaire ne se lit pas comme une note. Il se lit en cherchant l’indicateur qui borne — et en vérifiant, à chaque indice du dossier, qu’il borne toujours au même endroit.

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