fiche d’affaire — monotechnique — audit
Audit énergétique de la Maison des Métiers à La Rochelle
La Rochelle (17000) · livraison 2023
La Chambre des Métiers et de l’Artisanat nous a confié l’audit thermique et énergétique de la Maison des Métiers, son siège rochelais ouvert en 1996. Le bâtiment est circulaire, très vitré, et posé près du littoral sans aucune protection. Les machines n’y ont pas été mal dimensionnées : elles ont été mal placées. Toute la production est en toiture, où l’air salin et les oiseaux la détruisent — une pompe à chaleur sur deux était hors service. Notre première préconisation ne change donc pas les machines, elle change leur adresse : ce qui peut quitter le toit descend en sous-station, ce qui doit y rester s’y protège, et le réseau cesse de traverser.
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La Maison des Métiers est un bâtiment circulaire ouvert en 1996 au 107 avenue Michel Crépeau, à La Rochelle. Cinq niveaux et un sous-sol, quatre quartiers autour d’un atrium couvert d’une verrière pyramidale, une façade rideau presque entièrement vitrée — et le littoral tout près, sans rien pour l’en protéger. La Chambre des Métiers et de l’Artisanat, qui en est propriétaire, nous a commandé un audit de ses installations thermiques et un audit énergétique au titre du dispositif Éco Énergie tertiaire.
L’enjeu : deux zones thermiques ?
Le bâtiment avait été conçu pour son orientation. Ses quatre quartiers étaient regroupés en deux zones thermiques distinctes, nord et sud, chacune avec sa propre production en toiture, précisément parce qu’une façade aussi vitrée ne reçoit pas les mêmes apports d’un côté et de l’autre. Les 18 sous-stations réparties du sous-sol au quatrième étage distribuaient ces deux réseaux.
Ce partage n’existait plus. Pour compenser des pannes répétées, les deux systèmes avaient été interconnectés en toiture ; la pompe à chaleur sud était hors service ; le bâtiment entier fonctionnait sur la seule machine nord, et des convecteurs électriques d’appoint avaient été posés dans les bureaux pour rattraper le manque de puissance. Notre mission s’arrêtait au rapport : le contrat exclut par écrit la maîtrise d’œuvre des travaux. Comme sur l’audit énergétique du restaurant scolaire de Villedoux, il fallait relever, modéliser, chiffrer : 60 heures de relevé sur site ont été nécessaires pour prendre en compte l’ensemble des installations existantes.
La visite : une alerte avant le rapport
La première visite a eu lieu le 17 novembre 2022. Huit jours plus tard, nous avons remis un rapport de visite de trois pages qui n’était pas le rapport commandé : c’était une alerte. L’état des réseaux de distribution justifiait des investigations que la mission ne prévoyait pas — des prélèvements de fluide caloporteur en plusieurs points, et des sondages par dépose de tronçons de tuyauterie pour en voir l’intérieur.
Les prélèvements ont eu lieu en janvier 2023. Ils donnent une dureté de 17,08 °F là où la valeur guide est de 0 à 5, et 8,60 mg/L de produit inhibiteur là où il en faut plus de 200 : l’analyse conclut à des appoints répétés à l’eau de ville, sans comptage des volumes ni reprise du traitement. Le relevé des locaux techniques a eu lieu les 5 et 12 janvier, et 38 observations ont été portées sur les plans de niveaux. Ce que la thermique modélise ensuite ne vaut que par ce relevé — c’est la même règle qu’à l’audit de chauffage des sites de l’ADEI, où ce sont les émetteurs déjà posés, relevés un par un, qui ont commandé chaque réponse.
La solution : ce n’est pas le dimensionnement, c’est l’adresse
Les machines n’étaient pas mal choisies pour la puissance qu’on leur demandait. Elles étaient posées au mauvais endroit pour un site de bord de mer. Les châssis reposaient directement sur la dalle, en contact permanent avec une eau stagnante saumurée ; les oiseaux avaient arraché les isolants, les canalisations mises à nu reprenaient des efforts que le fabricant n’avait pas prévus, et des composants étaient tombés après rupture de leurs supports par l’oxydation. La machine nord, pourtant remplacée en 2018, présentait déjà les mêmes désordres que celle qu’elle devait remplacer.
Notre première préconisation trie donc les organes selon un seul critère : doivent-ils être dehors ? Ce qui doit y rester s’y protège — capotage intégral, châssis surélevés sur plots, cadre grillagé contre les oiseaux, calorifuge de classe 4 sous tôle. Ce qui peut descendre descend : le module hydraulique de la machine de remplacement est déporté dans une sous-station du quatrième étage, et le ballon tampon quitte la toiture pour le même local, à l’abri et accessible par ascenseur. Et ce qui n’a plus de raison de traverser cesse de traverser : au lieu de courir sur le toit d’un quartier à l’autre, les liaisons ne franchissent plus la terrasse que pour rejoindre les deux sous-stations les plus proches, puis passent d’un quartier à l’autre par les plénums intérieurs. Les traversées qui subsistent sont refaites — crosse dédiée pour les câbles, tés souches insonorisés en tête de colonne.
Le même raisonnement vaut pour l’air. Les caissons d’extraction des sanitaires avaient été remplacés par des modèles dimensionnés pour 2 500 m³/h alors que l’installation en demande 720, et le réseau qui les alimente était perforé par la corrosion au droit des traversées de plancher : une part du débit s’échappait avant d’atteindre les bouches. La centrale double flux, d’origine, avait dépassé sa durée de vie ; nous l’avons trouvée filtres colmatés et courroie coupée. Là encore, la réponse porte sur la protection contre la corrosion autant que sur la performance — châssis et tôles en classe CRC4, échangeur à plaques plutôt que rotatif, moins de pièces mobiles exposées.
Le résultat : deux horizons, deux paquets
La modélisation situe le bâtiment à 68,70 kWh EF/(m².an) sur 4 148,51 m² de surface de référence thermique, dont 3 771,37 m² chauffés. Le décret tertiaire impose de retrancher 40 % à l’horizon 2030 et 50 % à l’horizon 2040, à partir de la consommation de référence déclarée — 348 685 kWh EF pour l’année 2015 —. L’étude fixe les cibles à 41,22 puis 34,35 kWh EF/(m².an).
Quinze préconisations ont été chiffrées, chacune avec son investissement, ses économies et son temps de retour brut. L’écart entre elles est le vrai résultat de l’étude : de 6 ans pour la suppression de l’eau chaude sanitaire des sanitaires communs à 453 ans pour le remplacement des menuiseries extérieures, en passant par 13 ans pour la remise en état des productions — celle qui porte l’essentiel du gain. Nous les avons regroupées en quatre scénarios. L’un d’eux descend à 36,01 et franchit l’horizon 2030 ; un autre, qui le contient et lui ajoute quatre préconisations, descend à 28,41 et franchit celui de 2040. Aucune de ces trajectoires ne se joue sur l’enveloppe : sur ce bâtiment, ce sont les installations qui portent la réduction, et c’est un résultat qu’un audit de monotechnique est fait pour établir.
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