fiche d’affaire — monotechnique — audit
Audit de chauffage sur sept sites médico-sociaux de l’ADEI
Saint-Savinien (17350) · livraison 2023
performance
Cinq rapports remis sur sept sites sous contrat, 9 131 m² chauffés relevés · pompes à chaleur haute température à 65 °C de départ, régime d’eau de 35 °C sur les machines standard · à Saintes, cinq préconisations et deux scénarios combinés chiffrés sur un état existant de 192 732 kWhep/an, avec des temps de retour de 15 à 341 ans
L’ADEI nous a confié l’audit du chauffage de sept de ses établissements de Charente-Maritime, chauffés pour la plupart au fioul ou au gaz. La question était la même partout : par quoi remplacer la chaudière. La réponse n’a été la même nulle part, et la raison en est technique. Une pompe à chaleur haute température livre son eau à 65 °C, une machine standard à 35 °C, là où une chaudière ne connaissait pas cette limite. Ce sont donc les émetteurs déjà posés qui décident : le plancher chauffant ne demande rien, le radiateur demande qu’on isole d’abord, l’aérotherme demande qu’on le dépose. À Saint-Savinien, la pompe à chaleur a été écartée pour cette seule raison.
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L’ADEI gère en Charente-Maritime des établissements médico-sociaux — instituts médico-éducatifs, établissements et services d’aide par le travail (ESAT), foyers d’hébergement. Elle nous a commandé un audit du chauffage de sept de ses sites : Les Boucholeurs, Loulay, l’ESAT de Loulay, Saintes, Saint-Genis-de-Saintonge, Saint-Germain-de-Lusignan et Saint-Savinien. Sept contrats distincts, puis un huitième deux ans plus tard, mais une seule et même question : la plupart de ces bâtiments sont chauffés au fioul ou au gaz, et le fioul ne peut plus être remplacé par du fioul.
L’enjeu : une question unique, sept sites qui ne se ressemblent pas
Le programme est identique d’un site à l’autre — relever les installations en place, approcher les besoins, chiffrer des solutions de remplacement avec leur investissement, leurs économies et leur temps de retour. Ce que nous avons trouvé, en revanche, ne l’était pas.
Cinq rapports ont été remis, sur les sept sites sous contrat. Ils couvrent 9 131 m² chauffés, de la maison de bureaux et de restauration de 400 m² à Loulay au site de La Vigerie à Saint-Savinien, où trois chaufferies desservent 5 430 m². Entre les deux : un atelier et un bâtiment de studios, chacun sur sa cuve de propane, un ESAT de 502 m² sur pompe à chaleur géothermique, un institut médico-éducatif de deux bâtiments à Saintes, et à Saint-Germain-de-Lusignan des hébergements, des ateliers et des bureaux répartis sur deux chaufferies au gaz propane.
Les générateurs relevés vont de la chaudière fioul hors d’âge, à rendement de combustion faible et pertes à l’arrêt importantes, à des chaudières murales gaz en bon état. Un site faisait exception : à l’ESAT, une pompe à chaleur géothermique de 2010 puisait sa source dans un bassin de captation creusé sur place — un bassin qui n’était pas clôturé, où les algues encrassaient la crépine d’aspiration, et dont la température dérive au fil de la saison de chauffe.
Ce que la production peut fournir, ce que les émetteurs exigent
C’est un seul paramètre qui a fait diverger les conclusions, et il ne se lit pas dans le générateur : il se lit dans le réseau qui existe déjà.
Une chaudière porte l’eau aussi haut qu’il le faut. Une pompe à chaleur non. Les machines haute température que nous avons chiffrées à Saintes partent à 65 °C ; les machines standard travaillent sur un régime d’eau de 35 °C. Un émetteur dimensionné pour recevoir de l’eau plus chaude émet moins quand on l’alimente plus froid, à surface inchangée. La question posée par le maître d’ouvrage — quel générateur ? — se retourne donc en une autre : que supportent les émetteurs déjà en place ?
Les sites ont donné trois réponses.
Le plancher chauffant ne demande rien. À l’ESAT, les bureaux et les vestiaires sont chauffés par le sol : conçu pour du bas régime, cet émetteur s’accommode sans réserve d’une production thermodynamique. Aucune de nos préconisations qui gardent une production sur eau ne propose de le déposer : elles portent toutes sur le générateur.
Le radiateur demande qu’on isole d’abord. C’est le cas le plus fréquent : Loulay, Saintes, les hébergements et bureaux de Saint-Germain-de-Lusignan. Le rapport de Loulay l’écrit deux fois, une fois par bâtiment — la ré-isolation « compensera la plus faible émission des radiateurs, impactée par la température de l’eau fournie par les PAC ». Les rapports ne la rangent pas parmi les conseils de bonne pratique de fin de dossier : ils la donnent pour indispensable si les radiateurs doivent rester en place.
L’aérotherme demande qu’on le dépose. À l’ESAT comme à l’atelier de Saint-Germain-de-Lusignan, les grands volumes sont chauffés par des aérothermes à eau chaude. Ils sont peu adaptés aux régimes de 35 °C : la diffusion d’air se dégrade et la température de soufflage devient trop faible pour tenir le confort. La seule de nos préconisations qui bascule toutes les zones de l’ESAT en détente directe est aussi celle qui porte, à ses inconvénients, l’abandon des émetteurs de chauffage actuels.
Saint-Savinien pousse le raisonnement à son terme. Sur ce site, nous avons écarté la pompe à chaleur : les réseaux et les émetteurs ne sont pas dimensionnés pour les températures qu’elle fournit, et les retenir aurait supposé de réhabiliter les bâtiments d’abord. La solution la plus efficace y a donc été le remplacement des chaudières fioul par du propane, en attendant que les besoins baissent.
Ce qu’un audit chiffre, et ce qu’il classe
Le rapport de Saintes est le plus complet des cinq, et il montre l’autre versant du travail. Sur un état existant de 192 732 kWh d’énergie primaire par an, il chiffre cinq préconisations et deux scénarios combinés, chacun avec son investissement, son économie annuelle, son gain énergétique, ses tonnes de dioxyde de carbone évitées et ses kilowattheures cumac valorisables en certificats d’économies d’énergie.
Le classement qui en sort ne suit pas le montant des travaux. Isoler les murs par l’extérieur demande 155 000 € et fait gagner 6 312 kWh par an, pour 341 ans de retour. Isoler les combles demande 30 000 € et fait gagner trois fois plus d’énergie, en 16 ans. Et la solution la plus performante du lot — quatre pompes à chaleur haute température, trois pour le grand bâtiment et une pour le petit — coûte 135 000 €, dans le même ordre de grandeur que l’isolation des murs, pour un temps de retour de 15 ans. Le montant des travaux ne dit rien du rendement de l’investissement ; c’est le temps de retour qui le dit.
Le même travail a été mené sur les autres sites, avec le même soin porté aux conditions de faisabilité : à Saintes comme à Saint-Germain-de-Lusignan, nous avons signalé que le passage aux pompes à chaleur augmenterait la puissance électrique appelée au point de changer de régime d’abonnement, et que ce point devait être validé avant tout engagement. Cette attention à ce qui conditionne un choix se retrouve dans nos autres missions d’audit, comme au restaurant scolaire de Villedoux ou sur l’étude de faisabilité de l’atelier Dufour Yachts.
Le résultat : un site passé aux travaux, et un comptage à tenir
Loulay est allé au bout. Les chaudières bois y ont été posées, et le maître d’ouvrage nous a rappelés deux ans après la remise du rapport pour une mission d’assistance : monter le dossier de subvention du Fonds Chaleur de l’ADEME, calculer les données biomasse qu’il réclame — consommation annuelle, rendement de la chaudière, consommation d’appoint, taux d’énergies renouvelables, dioxyde de carbone évité — et organiser la pose des compteurs d’énergie qui permettront de justifier le bon fonctionnement de l’installation auprès de l’agence. Une chaufferie bois subventionnée doit prouver ce qu’elle produit, comme celle du foyer de Saint-Martin-de-Ré.
C’est la boucle que referme cet audit. Il a commencé par relever ce que des chaufferies consommaient sans que personne le mesure ; il se termine par l’installation des compteurs qui mesureront ce que la nouvelle chaufferie produit.
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