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Article technique

Études d’exécution : qui les porte, et ce que cela change

Sur une opération, l’étude d’exécution des lots techniques n’est pas toujours au marché de quelqu’un. Selon qu’elle revient à la maîtrise d’œuvre, à l’entreprise ou à personne, ce n’est ni le même calendrier ni le même dossier.

Par L’équipe FT2E

Les études de conception définissent des principes ; les études d’exécution détaillent chaque installation pour qu’elle se pose. La distinction est claire sur le papier. Ce qui l’est moins, et qui se découvre souvent trop tard, c’est qui doit les produire — et donc qui les paie, dans quel délai, et sur quelles pièces.

Les dossiers du bureau montrent trois configurations, et une quatrième qui n’en est pas une.

Premier cas : la maîtrise d’œuvre les porte

C’est la situation la plus lisible. Le marché de maîtrise d’œuvre inclut la production des documents d’exécution, en plus de leur visa, et le bureau d’études les produit dans la continuité de sa conception.

À la maison relais de Saint-Jean-d’Angély, la mission est complète — du diagnostic à la réception — et augmentée des études d’exécution des lots techniques. Au Pas des Bœufs, au Bois-Plage-en-Ré, le marché notifié au groupement porte la mission de l’avant-projet sommaire à l’assistance aux opérations de réception, « études d’exécution partielles et visa compris ». Au Fougerou, à Sainte-Marie-de-Ré, le bureau a rédigé les cahiers des charges des lots techniques en phase PRO-DCE, puis produit leurs études d’exécution partielles et les bordereaux quantitatifs de tous les lots.

L’avantage n’est pas contractuel, il est technique : celui qui a calculé les déperditions est celui qui trace les réseaux, et le passage de l’un à l’autre ne perd rien en route.

Deux réserves cependant. D’abord le mot partielles, qui revient dans les trois contrats : la mission ne couvre pas tout l’ouvrage, et le partage doit être écrit. Ensuite, le visa et la production sont deux choses distinctes — un marché peut porter l’un sans l’autre, et c’est précisément ce qui produit le troisième cas.

Deuxième cas : l’entreprise les commande

C’est un segment d’activité à part entière du bureau, et il ne passe pas par le maître d’ouvrage.

Aux études d’exécution fluides de la résidence Horizon, à La Rochelle, la conception revient à un autre bureau d’études, auteur du dossier de consultation. Une fois le marché attribué, c’est à l’entreprise de produire ses études d’exécution : l’installateur, titulaire du lot chauffage-ventilation-plomberie, confie cette production à FT2E.

Le montage se répète ailleurs, sous d’autres formes. À l’École des douanes, rue du Jura, c’est l’entreprise titulaire de l’accord-cadre de l’État qui sous-traite au bureau le calcul de charges qui devait précéder toute décision. Au plan de comptage de l’énergie du site Airbus de Rochefort, c’est l’installateur qui commande l’étude, et le bureau qui la produit. Aux Cabanes Urbaines, à La Rochelle, c’est l’entreprise de chauffage — et non la maîtrise d’ouvrage — qui commande en janvier 2023 les relevés de la zone existante, les déperditions pièce par pièce et les apports thermiques des locaux rafraîchis.

Ce qui change, dans ce cas, c’est le commanditaire et donc l’exigence : l’entreprise ne veut pas un document de principe, elle veut un plan qu’elle puisse poser sans l’interpréter.

Troisième cas : les études ne sont au marché de personne

C’est le cas qu’il faut connaître, parce qu’il ne se signale pas.

À l’atelier numérique de Fountaine Pajot, au Thou, le contrat de maîtrise d’œuvre confie au groupement le visa des documents d’exécution, mais pas leur production. Conséquence, telle que la fiche l’établit : les études d’exécution n’y sont au marché de personne. Le dossier de consultation a été diffusé en juin 2018, les travaux ont démarré en septembre, et ce n’est qu’en janvier 2019 que l’entreprise attributaire des deux lots techniques a demandé une proposition au bureau, puis commandé en février les plans d’exécution hydrauliques de la chaufferie — à livrer en quatre semaines environ.

Rien n’a manqué au dossier, et l’ouvrage a été livré. Mais la production a été commandée dans l’urgence, le chantier déjà ouvert, par un acteur qui ne l’avait pas budgétée. Un marché qui confie le visa sans la production n’est pas incomplet au sens juridique : il laisse simplement une pièce à la charge de celui qui s’en apercevra le premier.

Ce que le calendrier impose

Quand l’exécution est portée, elle l’est sur un calendrier qui n’est pas celui de la conception.

À la résidence Horizon, les attentes au sol du rez-de-chaussée sont parties le 16 janvier 2026, jour de l’échéance. Ont suivi, au rythme des indices de l’architecte et du gros œuvre, les réservations des planchers du premier au quatrième étage en février, la toiture début mars, puis les plans d’exécution plomberie et chauffage-rafraîchissement de chaque niveau.

Cette cadence a une cause matérielle. Les étages portent sur des planchers bois : rien ne se perce après coup, tout se réserve au dessin. Les plans distinguent réservations dans les poutres et voiles, réservations de plancher et engravures — trois profondeurs, 30, 40 et 90 mm, selon qu’elles reçoivent un receveur extra-plat ou une bonde de douche. Une réservation manquée n’est pas une erreur de dessin rattrapable en atelier : c’est un percement dans un élément porteur, ou une reprise de niveau.

Les notes de calcul suivent le même régime. Le calcul des déperditions selon la norme EN 12831 accompagne les plans, avec le dimensionnement de l’adduction d’eau potable, le choix des bouches et la sélection du matériel. Ce ne sont pas des pièces d’archive : ce sont elles qui justifient chaque diamètre du plan.

L’outil, et ce qu’il ne remplace pas

Le bureau modélise les installations techniques sous Revit MEP — réseaux de gaines, canalisations, chemins de câbles, équipements terminaux —, extrait les plans de la maquette et en génère les nomenclatures. À l’atelier numérique de Fountaine Pajot, le plan d’exécution de la chaufferie a été dessiné sous Revit à partir des objets tridimensionnels collectés auprès des fabricants, après un schéma de principe qui déterminait les diamètres, les circulateurs et le filtre magnétique.

Deux précisions valent d’être dites, parce qu’elles évitent un malentendu de commande.

La première : toutes les missions ne passent pas par une maquette fédérée. À la résidence Horizon, l’anticipation des conflits se joue sur les plans de réservations. Le résultat cherché est le même — qu’aucun réseau ne rencontre une poutre le jour de la pose ; le moyen se règle sur l’opération, pas sur le catalogue.

La seconde : la maquette ne décide de rien. Le schéma de principe précède le plan, et c’est lui qui détermine les diamètres. Un modèle tridimensionnel qui n’est pas adossé à une note de calcul est un dessin, pas une étude.

Ce qu’un maître d’ouvrage peut vérifier

Trois questions suffisent à savoir où l’on est, et elles se posent avant la consultation des entreprises, pas après.

Le marché de maîtrise d’œuvre porte-t-il la production des documents d’exécution, ou seulement leur visa ? Si c’est le visa seul, quel lot du marché de travaux porte la production, et à quel prix ? Et si la réponse n’est ni l’un ni l’autre, le sujet n’a pas disparu : il attend la première réunion de chantier où un réseau rencontrera une poutre.

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